L’École Polytechnique est ouverte aux femmes

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Par Éric Labaye, Président de l’École polytechnique


Créée en 1794 pour former des ingénieurs au service de l’État, l’École polytechnique, qui recrute sur concours, offre l’une des formations scientifiques les plus exigeantes et les plus prestigieuses du monde. Jusqu’en 1972, cette excellence était réservée aux hommes : sept femmes y sont admises cette année-là. Devant Anne Chopinet, reçue major au concours, un journaliste s’étonne : « Vous n’avez pas peur qu’on vous prenne pour un monstre ? » Cinquante ans plus tard, il ne vient plus à l’idée de personne de poser publiquement ce genre de questions aux 20 % de femmes qui intègrent l’École chaque année. Mais celle-ci souffre encore d’une image très masculine, et le taux de femmes y reste bien inférieur à celui des autres écoles d’ingénieurs.

En 1972, les premières jeunes femmes sont admises à l’École polytechnique. Dès cette ouvert

ure, instituée en principe en 1970 (loi n°70-631 du 15 juillet 1970 relative à l’École polytechnique), les femmes démontrent leur excellence académique : Anne Chopinet est reçue major d’entrée. Les polytechniciennes qui se sont succédé ont transformé et fait évoluer l’ADN de l’École. Le cinquantième anniversaire de l’ouverture du concours du Cycle Ingénieur polytechnicien aux femmes est l’occasion pour l’X de non seulement célébrer ces personnalités pionnières, mais aussi de se tourner vers l’avenir.

La lente conquête de l’École polytechnique par les femmes

L’histoire des femmes à Polytechnique peut être retracée bien avant 1972, soit en 1795, année où Sophie Germain, brillante mathématicienne, brava les interdits en se faisant passer pour un élève, Antoine Auguste Le Blanc, afin de correspondre avec le professeur d’analyse Joseph-Louis Lagrange. L’audace et l’excellence de Sophie Germain ont ouvert la voie aux générations suivantes de polytechniciennes. Que ce soient des hautes fonctionnaires de l’État ou ministres, telles qu’Élisabeth Borne, X1981, des dirigeantes d’entreprises, telles que Dominique Senequier, X1972, ou des scientifiques de renom, telles que Rose Dieng, X1976, leurs parcours ont été pionniers, marquant à jamais l’histoire de l’École et suscitant l’admiration de la société. Les polytechniciennes irriguent tous les secteurs de l’économie et contribuent à façonner notre pays.

De sa création en 1794 à 1972, l’École polytechnique, militarisée par Napoléon en 1804, rassemble ainsi un univers presque exclusivement masculin. Son caractère militaire a très certainement ralenti l’arrivée des femmes, par rapport aux autres grandes écoles d’ingénieurs. En effet, il faut attendre les mesures de Michel Debré, alors ministre d’État chargé de la Défense nationale, en 1970, traduites dans la loi du 13 juillet 1972, pour permettre notamment l’alignement des carrières féminines sur les carrières masculines au sein des armées. L’ouverture de l’X aux femmes peut ainsi être attribuée en grande partie à cette initiative nationale.

La féminisation de l’École polytechnique et son chemin vers plus d’égalité sont observables à travers l’évolution de son Grand Uniforme. Le premier modèle aurait été sélectionné par l’épouse de Michel Debré, celui du couturier Paul Vauclair, connu pour avoir habillé le général de Gaulle. Le premier Grand Uniforme féminin comporte une jupe, des escarpins et un tricorne confectionné initialement sur un modèle de la Royal Navy. Ce n’est qu’à partir de 1977 que les polytechniciennes peuvent porter la tangente, surnom de l’épée, puis le bicorne en 1996. Aujourd’hui, depuis la promotion 2020, les polytechniciennes, comme les polytechniciens, portent le pantalon au lieu de la jupe.

Promouvoir la mixité : le Pôle Diversité et Réussite

50 ans après l’ouverture du concours du Cycle Ingénieur polytechnicien, l’École polytechnique affiche sa volonté de faire mieux en termes de féminisation. Le pourcentage de femmes au sein du cycle ingénieur a progressé pour atteindre environ 20%. L’École souhaite que la mixité s’accentue dans ce cursus, à l’image des autres (le programme Bachelor et les Masters of Science and Technology), qui accueillent en moyenne 37% de femmes. Les filles réussissent tout aussi brillamment que les garçons le concours de l’X, et pourtant, l’École souffre encore d’une attractivité moindre auprès d’elles. L’École polytechnique souhaite avant tout inspirer : au-delà d’événements organisés tout au long de l’année 2022 pour le cinquantenaire, l’X mène avec son Pôle Diversité et Réussite des actions pour encourager les jeunes filles à s’orienter vers les disciplines scientifiques et les filières d’excellence. Parmi ces initiatives, l’opération Monge – en hommage à l’un des fondateurs de l’École – est une des mesures piliers de l’École pour améliorer la diversité sociale comme de genre, durant laquelle les élèves polytechniciens, avec l’aide de la communauté des anciennes et anciens de l’École, présentent les études d’ingénieur dans les lycées de France.

En travaillant en coordination avec l’Éducation nationale et les acteurs de l’État, l’X vise 30% de femmes dans sa population étudiante en 2026. Cet objectif et les initiatives multiples de l’École polytechnique envoient un message fort aux jeunes filles : l’X offre à celles qui rejoindront ses rangs l’opportunité de vivre une expérience exceptionnelle et leur ouvre par la suite une carrière de tous les possibles.

14 juillet 2022 © Jérémy Barande, École polytechnique

Crédits photos : 

Illustration de la page d’accueil : 14 juillet 1985 © Collections École Polytechnique

Illustration du chapô : Décret du 16 septembre 1971, publié au Journal Officiel du 22 septembre 1971 (extrait)

Illustration de la notice générale : Inauguration de l’exposition “50 ans de féminisation de l’École polytechnique : Célébrer et Inspirer” © Collections École Polytechnique

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