Premier vol de l’Airbus A300B

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Par Clair Juilliet, docteur en histoire, spécialiste d’histoire aéronautique


Le 28 octobre 1972, le premier vol de l’A300B marque la naissance d’une industrie aéronautique européenne performante qui s’est montrée capable de conquérir d’importantes parts de marché face à Boeing à partir des années 2000 et plus encore dans les années 2010. Projet emblématique issu de choix politiques et industriels stratégiques, de nouveaux défis doivent désormais être relevés par une entreprise devenue leader sur les marchés, notamment celui, essentiel, de l’impact environnemental du transport aérien sur la planète sous l’effet de la croissance importante du trafic.

Le 28 octobre 1972, l’Airbus A300B s’envolait pour la première fois depuis Toulouse. Fruit d’une coopération européenne non-communautaire, l’avion marquait l’irruption d’un nouveau constructeur dans le paysage de l’aéronautique mondiale.

Aux origines d’Airbus

Après la Seconde Guerre mondiale, le trafic aérien civil connaît un important essor sous l’effet conjugué du développement de la mobilité et de la vitesse. Si les États-Unis dominent nettement la construction aéronautique, les pays du continent européen produisent eux aussi, souvent dans un cadre national, des appareils de transport commerciaux à l’image du De Havilland Comet britannique (1949) ou de la Caravelle française (1955). Mais, dans les années 1960, leurs entreprises pèsent peu par rapport à leurs homologues étasuniennes (Boeing, Lockheed ou McDonnell Douglas). Il comprennent qu’il leur faut nouer des alliances pour parvenir à conquérir des parts de marché et à développer leurs industries aéronautiques. Durant cette décennie, les coopérations industrielles, aussi bien civiles que militaires, se multiplient (Concorde, Transall, Mercure, etc.) dans un contexte de forte croissance du trafic aérien. Il s’agit de mutualiser les savoir-faire et les connaissances, de partager les coûts et les risques financiers et de s’ouvrir de nouveaux débouchés commerciaux. Les années 1960 et surtout 1970 marquent une internationalisation de l’industrie aéronautique sur le continent européen, dans laquelle les avionneurs ne fabriquent plus seuls leurs appareils mais coopèrent pour les réaliser.

Préparation du vol : les étapes clés du projet

En 1966, forts d’expériences nationales précédentes, des constructeurs allemand, britannique et français mettent en place un groupe technique dans le but de réfléchir au développement d’un appareil civil de grande capacité capable de concurrencer les productions étasuniennes. Au terme d’une réflexion sur les caractéristiques à donner à un tel avion, la République fédérale allemande (RFA), la Grande-Bretagne et la France s’accordent, le 26 septembre 1967 à Bonn, sur le lancement d’une première phase du projet. Si des dissensions sont visibles quant aux contours à donner au projet, les partenaires finissent par s’accorder sur un biréacteur baptisé Airbus A300B d’une capacité d’environ 250 passagers. La Grande-Bretagne décide néanmoins de se retirer du projet en 1969, laissant la possibilité à la société Hawker-Siddeley d’y participer à titre privé. Le 29 mai 1969, lors du 28e Salon International de l’aéronautique et de l’espace (Paris-Le Bourget), un accord intergouvernemental franco-allemand est signé qui définit le rôle des différents partenaires impliqués et encadre la conduite du programme.

Le lent décollage commercial de l’A300B …avant d’atteindre une vitesse de croisière

Moins de deux ans plus tard, l’A300B effectue son premier vol puis entre en service commercial sous la bannière d’Air France le 23 mai 1974, sur la ligne Paris-Londres. Biréacteur à large fuselage capable d’embarquer environ 270 passagers selon les versions, il dispose d’une autonomie allant de 3 300 à 4 700 kilomètres environ et vole à 0,78 Mach. L’A300B ne parvient toutefois pas à s’insérer sur un marché commercial dominé par les États-Unis et doit affronter, tout au long des années 1970, ce qui est souvent qualifié de « traversée du désert ». En novembre 1974, le bilan des ventes est très maigre (19 commandes fermes et 22 options), tandis que de 1975 à 1977, aucun exemplaire n’est vendu : sans percée sur le marché étasunien, le premier au monde à l’époque, le projet semble menacé. Mais le GIE Airbus remporte un premier succès aux États-Unis en avril 1978 avec le prêt gracieux de quatre appareils à Eastern Airlines : satisfaite de l’avion, la compagnie décide d’en commander une vingtaine, marquant une percée commerciale. Produit à 561 exemplaires entre 1972 et 2007, l’A300B marque le décollage d’une industrie aéronautique commerciale européenne conquérante.

À lire :

CARLIER C., SCIACCO G., La passion de la conquête : d’Aérospatiale à EADS (1970-2000), Éditions du Chêne, Paris, 2001, 303 p.

CHADEAU E. (dir.), Airbus : un succès industriel européen : industrie française et coopération européenne (1965-1972), Rive Droite, Paris, 1995, 182 p.

JALABERT G., ZULIANI J.-M., « Airbus ou l’Europe industrielle », Cahiers d’histoire immédiate, n° 27, 2005, p. 137-154.

MULLER P., Airbus : l’ambition européenne : logique d’État, logique de marché, L’Harmattan, Logiques sociales, Commissariat général du Plan, Paris, 1989, 255 p.

OLIVIER J.-M., 1970. Airbus, naissance d’un géant industriel, Éditions Midi-Pyrénéennes, Toulouse, 2020, 50 p.

SPARACO P., Airbus. La véritable histoire, Privat, Toulouse, 2005, 371 p.

Crédits photos : 

Illustration de la page d’accueil :  Premier vol d’Airbus, le 28 octobre 1972 © Airbus SAS

Illustration du chapô : L’équipage de l’A300B1, le 28 octobre 1972, sur le tarmac de l’aéroport de Toulouse-Blagnac © Airbus SAS

Illustration de la notice générale : Premier vol de l’Airbus A300B, par André Cros © Wikicommons/Archives municipales de Toulouse

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