Mort du peintre François Clouet

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Par Mathieu Deldicque, conservateur du patrimoine, directeur du musée Condé


Peintre officiel de quatre rois de France, favori de Catherine de Médicis, François Clouet est l’un de nos plus grands portraitistes du XVIe siècle. Il était le fils de Jean Clouet, lui-même peintre à la cour, à qui l’on doit le célébrissime portrait de François Ier aujourd’hui conservé au Louvre. Jean Clouet hérita de son père sa manière « flamande », à la fois réaliste et sobre, pour représenter ses modèles en buste, le visage de trois-quarts, sur fond neutre le plus souvent. Dans la perfection plastique de ses portraits peints, dans le soin apporté aux détails de la coiffure ou du vêtement, l’œuvre de François Clouet illustre la splendeur et le raffinement de la cour des Valois à la Renaissance.

C’est à peine un mois après le terrible massacre de la Saint-Barthélemy, le 22 septembre 1572, que s’éteignit à Paris l’un de ceux qui avait su, au contraire, faire resplendir la Renaissance française : le grand portraitiste François Clouet.

Les Clouet, père et fils

Malgré l’oubli dans lequel ce dernier – tout comme son père Jean – était tombé, un « Clouet » a longtemps été un nom commun désignant un portrait de la Renaissance, tant l’action des deux artistes a été déterminante dans le développement de ce genre pictural. Les portraits du XVIe siècle français se distinguent en effet par un certain air de famille, suivant une formule à succès que les deux maîtres ont mise en place et popularisée.

Probablement originaire de Valenciennes, Jean aurait été le fils du peintre Michel Clauwet, lui-même neveu du peintre Simon Marmion ; il s’inscrit donc dans la veine picturale flamande, maîtrisant la technique de la peinture à l’huile et l’art du portrait vériste.

Jean apparaît pour la première fois dans les archives royales en 1516, au service du nouveau roi François Ier ; il devint dès lors son portraitiste favori. Il se spécialisa, de manière tout à fait inédite, dans le portrait, qu’il soit peint, enluminé ou dessiné (à la sanguine et la pierre noire, voire à la craie).

De son mariage avec Jeanne Boucault, fille d’un orfèvre de Tours, naquit François Clouet, autour de 1515. Sans doute éduqué aux arts de la couleur dans l’atelier paternel, c’est en 1540 qu’on voit apparaître François dans les comptes royaux, remplaçant son père dans ses charges de peintre et valet de chambre du roi. Jean mourut pour sa part en novembre 1541, au plus tard.

Le portraitiste officiel de quatre rois de France

Surnommé « Janet », comme son père, François développa à son tour la firme Clouet : jusqu’à sa mort en 1572, il fut le portraitiste officiel de quatre rois de France successifs, François Ier, Henri II, François II et Charles IX. À la tête d’un important atelier, il fut également amené à peindre des décors éphémères, des effigies mortuaires (comme celles de François Ier ou d’Henri II destinés à leurs funérailles) ou des scènes de genre. Vouant une véritable passion pour ses portraits, notamment dessinés, c’est la reine Catherine de Médicis qui fut son commanditaire privilégié. Elle collectionna sans répit ses « crayons » (appelés ainsi par métonymie), vraisemblablement récupérés après la mort de l’artiste, qu’elle annota ou fit annoter par ses secrétaires pour conserver le souvenir des modèles représentés. François Clouet en fut justement récompensé, par des gages enviables, divers paiements pour travaux ou des rentes octroyées par le roi. Il n’eut pas d’héritier légitime (il laissa derrière lui trois filles illégitimes) mais plusieurs de ses collaborateurs issus de son atelier ou encore des émules (Jean Decourt, François Quesnel, Pierre, Étienne et Côme Dumonstier…) allaient perpétuer la formule du portrait à la française qui avait fait sa célébrité.

L’art du portrait de la Renaissance à son sommet

François fut en effet le digne héritier de l’art de son père tout en le renouvelant. Chez lui, la sobriété et la sérénité sont toujours de mise, dans une parfaite économie de moyens, tout comme la recherche de ressemblance, mais son métier est plus attentif, plus minutieux. L’arrière-plan, uni, met en valeur le visage du modèle, au regard parfois interrogateur, voire scrutateur. L’attitude, réservée, donne à voir la vertu du personnage représenté et doit trahir ses qualités morales. Le cadrage est lui aussi tout sauf fortuit : chez François Clouet, la composition laisse davantage de place à la coiffure, aux vêtements et aux parures, auxquels plus d’importance est donnée qu’auparavant par son père et son atelier.

Cette attention portée aux signes distinctif du statut social renvoie à l’identité des modèles de noble extraction posant pour François Clouet. Portraitiste royal, attaché à la cour, Clouet répond en théorie exclusivement aux commandes passées par le couple royal. Être portraituré par lui constituait alors un témoignage manifeste de la faveur accordée par le roi ou la reine à celui ou celle qui allait prendre la pose.

Les portraits dessinés de François Clouet sont aujourd’hui majoritairement conservés au musée Condé de Chantilly, grâce au duc d’Aumale qui racheta la collection de crayons de Catherine de Médicis. Ses tableaux sont davantage dispersés, entre Chantilly, le Louvre ou la National Gallery de Washington, entre autres. Deux de ses tableaux sont signés et ont permis de reconstituer son œuvre : le Portrait de Pierre Quthe Pierre Quthe (1519-après 1588), apothicaire – Louvre Collections (Paris, musée du Louvre), signé « Fr. Janetii » et daté 1562, représentant un apothicaire ami qui vivait près de chez lui, rue Saint-Avoye, à Paris, et La dame au bain A Lady in Her Bath (nga.gov) (Washington, National Gallery of Art), sans doute l’un de ses tous derniers tableaux, tout autant abouti que mystérieux.

L’héritage artistique de François Clouet, et de son père Jean, est immense : tous deux ont véritablement inventé le genre du portrait français de la Renaissance. Les poètes de la Pléiade ne s’y trompèrent pas en les célébrant, de leur vivant même. Ainsi de Ronsard, dans son sonnet tiré des Amours de Cassandre : « Un seul Janet, honneur de nostre France ».

À lire :

Alexandra Zvereva, Portraits dessinés de la cour des Valois. Les Clouet de Catherine de Médicis, Paris, Arthena, 2011.

Mathieu Deldicque (dir.), Clouet. À la cour des petits Valois, catalogue d’exposition, Chantilly, musée Condé, 4 juin – 2 octobre 2022, Dijon, éditions Faton, 2022.

Mathieu Deldicque, Clouet. Le miroir des dames, catalogue d’exposition, Chantilly, musée Condé, 1er juin – 6 octobre 2019, Dijon, éditions Faton, 2019.

Crédits photos : 

Illustration de la page d’accueil :  François Clouet, Dame au bain (1571) © Wikicommons / National Gallery of Art (Washington)

Illustration du chapô : Portrait de Charles de France duc d’Angoulême, puis d’Orléans, par François Clouet, vers 1543 © RMN-Grand Palais / Musée Condé / René Gabriel Ojéda

Illustration de la notice générale : François Clouet, Portrait d’Henri de France, futur Henri II (détail) © RMN-Grand Palais / Musée Condé/ René Gabriel Ojéda

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