ÉPISODE 2 : Divorce et remariage

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Article de Dominique Barthélemy, historien, membre de l'Académie des inscriptions et belles-lettres


Tandis qu’Aliénor accompagne son mari Louis VII durant sa deuxième croisade, en 1147, leur relation se dégrade. La séparation est évitée par l’intervention du pape Eugène III et l’abbé Suger de Saint-Denis, soucieux des intérêts du royaume. Mais lorsqu’Aliénor donne naissance à une deuxième fille en 1150, laissant le royaume sans héritier, et que l’abbé décède l’année suivante, la voie du « divorce » se dessine d’elle-même.

En ce moment, les grands récits modernes de l’histoire de France critiquent une grande erreur de Louis VII et tiennent leur lecteur en haleine : la mésentente du couple royal, la frivolité d’Aliénor sans doute, ne mettent-elles pas en grand péril l’avenir de la France ? Car à peine a-t-elle regagné Poitiers (échappant à deux grands seigneurs qui voudraient l’épouser pour avoir son duché), elle conclut un nouveau mariage avec le principal adversaire politique du roi : Henri Plantagenêt, comte d’Anjou et duc de Normandie. Trois principautés françaises importantes sont ainsi réunies dans la même main face à un roi qui ne tient que son domaine (équivalant à l’une d’elles). Comment la lignée capétienne tiendra-t-elle, à terme ?

Le suspense devient insoutenable lorsqu’un accident malheureux, survenu en 1153, tue le jeune Eustache de Boulogne, qui devait régner sur l’Angleterre et que Louis VII soutenait bien évidemment contre la prétention d’Henri Plantagenêt. Ce dernier règne donc sur l’Angleterre à partir de 1154, succédant au vieux père d’Eustache, disposant ainsi de moyens financiers et militaires considérables. Là est le vrai terrible coup dur pour Louis VII, et il n’est pas arrivé par sa faute, ni par suite de la frivolité de la reine Aliénor.

Devenue l’épouse de Henri Plantagenêt, elle lui donne huit enfants (entre 1153 et 1166), dont quatre fils survivants, Henri le Jeune, Richard Cœur de Lion, Geoffroi (de Bretagne par mariage) et Jean Sans Terre, ainsi que deux filles qui deviennent respectivement duchesse de Saxe (Mathilde) et reine de Castille (Aliénor). Mais son deuxième mari est si peu un moine qu’il a de nombreuses maîtresses. Entre 1166 et 1173 elle s’éloigne de lui pour régir son Aquitaine et y tenir une cour en effet, dont toutefois la recherche récente tend à minimiser un peu l’importance historique (même si Aliénor est chantée par Bernard de Ventadour). En 1173 elle soutient ses trois fils aînés en rébellion contre leur père, comme le fait en même temps – ironie du sort – son ex-mari Louis VII qui est leur suzerain et le beau-père de Henri le Jeune (par Marguerite, une des filles de son deuxième lit). La réaction d’Henri Plantagenêt est rapide et puissante et, dès lors, jusqu’à sa mort en 1189 il tient Aliénor sous étroite surveillance dans des châteaux anglais.

Quant aux destinées de la France elles ne sont pas si menacées, à la réflexion, qu’il y paraissait au premier abord. Pour ses fiefs français, Henri Plantagenêt a prêté hommage à Louis VII. Il ne peut se permettre, lui qui a beaucoup de vassaux, de l’Écosse aux Pyrénées, d’affaiblir la force du lien vassalique. Il a eu d’autre part d’Aliénor, à la réflexion, un peu trop de fils : cela prélude à des partages de ce que certains historiens ont appelé, avec exagération, son « empire plantagenêt » et qui n’avait pas beaucoup d’unité organique, et très vite les classiques tensions entre père et fils peuvent être attisées par Louis VII puis par son seul fils, né en 1165 de son troisième lit : Philippe Auguste (qui lui succède en 1180).

Crédits images :

Chroniques de Saint-Denis, Philippe II Auguste envoyant un émissaire (gauche), et l’émissaire étant reçu par Henri II d’Angleterre et sa reine Aliénor (droite), XIVe siècle © Wikimedia Commons 

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