Champollion déchiffre les hiéroglyphes

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Par Yves Bruley, correspondant de l’Institut, directeur de France Mémoire


Ce fut un événement historique de portée mondiale. Chateaubriand considérait que le déchiffrement des hiéroglyphes était l’un des faits les plus importants survenus au cours de sa vie. Mais ce fut aussi un événement géographique très localisé. Non sur les rives du Nil mais sur les quais de Seine : à l’Institut, et dans la rue voisine, car Jean-François Champollion vivait et travaillait rue Mazarine. Il n’eut qu’à traverser la rue pour présenter sa découverte au monde savant le 27 septembre 1822, lors d’une séance triomphale qui signa l’acte de naissance d’une science nouvelle : l’égyptologie.

« Champollion a déchiffré ces hiéroglyphes qui semblaient être un sceau mis sur les lèvres du désert et qui répondait de leur éternelle discrétion. » Chateaubriand disait encore du jeune savant né en 1790 : « Ses admirables travaux auront la durée des monuments qu’il vient de nous expliquer. » Deux siècles plus tard, le génie et le travail de Jean-François Champollion fascinent toujours autant.

Une passion précoce pour les langues anciennes

Né à Figeac le 23 décembre 1790, très tôt attiré par l’apprentissage des langues, Jean-François Champollion fit ses études au lycée de Grenoble où le préfet de l’Isère, le mathématicien Joseph Fourier, qui avait participé à l’expédition d’Égypte, le remarqua. Il étudia ensuite à Paris, où il apprit les langues orientales et en particulier le copte, dont il pressentait que la connaissance serait décisive. C’était l’époque où la Pierre de Rosette, triple inscription d’un même texte du IIe siècle avant J.C. en hiéroglyphes (l’écriture sacrée de l’Égypte ancienne), en démotique (la langue cursive courante) et en grec, était examinée en vain par plusieurs savants.

Champollion informait régulièrement l’Académie des inscriptions de ses travaux, en lui adressant des mémoires sur l’écriture hiératique et sur le démotique.

« Je tiens l’affaire ! »

Le 14 septembre 1822, il entre dans le bureau de son frère, qui travaillait lui-même quai Conti comme secrétaire personnel de M. Dacier : « Je tiens l’affaire ! », lance-t-il, avant de s’effondrer de fatigue. Il venait, au prix de longs efforts, de déchiffrer le nom de Ramsès : c’était le premier mot d’égyptien ancien qu’il parvenait à lire, parce qu’il avait compris que les hiéroglyphes étaient à la fois idéographiques et phonétiques, et parce qu’il maîtrisait la langue copte. Bien d’autres mots devinrent enfin compréhensibles. Remis de sa syncope, il finit de rédiger son rapport qui prit la forme d’une Lettre à M. Dacier, le secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres – celle qui, à l’Institut de France, veille sur l’histoire et les langues des civilisations anciennes.

Enfin le 27 septembre, il franchit les quelques pas qui le séparaient du Palais de l’Institut pour y présenter sa démonstration lors d’une séance mémorable de cette académie.

« La lecture que l’Institut a bien voulu entendre a eu un succès complet, écrit-il alors. Mes découvertes sur les hiéroglyphes ont été jugées incontestables à l’unanimité ; et j’ai reçu des compliments plus hauts que les tours de Notre-Dame. »

Parmi les auditeurs de cette séance historique, était Alexander von Humboldt. Il écrivit aussitôt à son frère Wilhelm, et le grand linguiste allemand félicita le jeune savant français qui allait permettre de sortir du silence trois millénaires d’écritures et connaître, par l’écrit, la civilisation de l’ancienne Égypte.

Champollion, père de l’égyptologie

Champollion consacra les dix années suivantes à perfectionner sa connaissance de la langue. Il fit un long voyage en Italie, pour y étudier les nombreuses inscriptions égyptiennes qui s’y trouvent, soit depuis l’Antiquité, soit par des acquisitions plus ou moins récentes. Enfin, il put se rendre en Égypte pendant une année, en 1828-1829. Le 7 mai 1830, enfin, il fut élu membre de l’Académie des inscriptions et belles-lettres. En 1831, Louis-Philippe créa pour lui une chaire d’archéologie au Collège de France. Mais, déjà malade, Champollion ne put y donner que quatre leçons, avant de mourir, à l’âge de 41 ans, le 4 mars 1832.

Depuis deux siècles, Champollion n’a jamais cessé d’être la référence des égyptologues. Le centenaire de sa découverte fut dignement célébré à l’Institut en 1922. En 1972, les 150 ans donnèrent lieu à une séance solennelle sous la Coupole. Le secrétaire perpétuel de l’Académie des inscriptions et belles-lettres, André Dupont-Sommer, célébra « ce conquérant spirituel, uniquement animé par le goût et la passion du savoir », qui « ne travailla et ne combattit que pour la science ».

Mémoire et création

Pour le bicentenaire, marqué par plusieurs colloques et expositions, l’Institut innove par la commande d’un spectacle musical, visuel et scénique totalement original, créé à l’Institut de France le 27 septembre 2022 sur les lieux mêmes de la découverte et le jour-même de l’anniversaire de sa divulgation. Ainsi le XXIe siècle rend-il hommage, avec le langage artistique de son temps, à la fois à un génie du XIXe siècle et à la civilisation qu’il a révélée au monde, après tant de siècles de silence.

Moulage de la Pierre de Rosette (XIXe siècle) © 2004 Musée du Louvre / Christian Décamps 

 

À lire :

Alain Faure, Champollion, le savant déchiffré, Paris, Fayard, 2004.

Jean Leclant, « Champollion, la Pierre de Rosette et le déchiffrement des hiéroglyphes », CRAI, 116e année, n°3, 1972, pp. 557-565.

 

Crédits photos : 

Illustration de la page d’accueil :  © Pixabay

Illustration du chapô : Portrait de Champollion par Léon Cogniet (1867) © Wikicommons / Musée du Louvre

Illustration de la notice générale : Papiers de J.-Fr. Champollion le jeune (1790-1832). XIXe siècle. 2e série. XI Astronomie, calendrier, poids et mesures © Gallica / BnF

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