1840-1848 : le duc d’Aumale en Algérie

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Article de Jacques Frémeaux, professeur émérite à Sorbonne-Université, membre de l’Académie des Sciences d’Outre-Mer


Commencée en 1830, la conquête de l‘Algérie par la France ne sera considérée comme achevée qu’en 1903 avec l’occupation du Sahara. Le duc d’Aumale joue un rôle important dans la première phase de l’occupation du territoire en remportant une victoire militaire décisive sur l’émir Abd el-Kader en 1843. Succédant brièvement au maréchal Bugeaud comme gouverneur d’Algérie avant que la révolution de 1848 ne le contraigne à l’exil, il met fin à la guerre avec l’émir et entame des réformes administratives dans la nouvelle colonie.

 Le duc d’Aumale participe à sa première campagne en Algérie en 1840, à l’âge de dix-huit ans, comme aide de camp de son frère aîné, Ferdinand-Philippe duc d’Orléans, et revient ensuite chaque année dans la colonie, pour s’associer aux campagnes dirigées par le gouverneur général, le maréchal Bugeaud. À la mort prématurée du duc d’Orléans (juillet 1842), il est chargé plus spécialement de représenter la famille royale auprès de l’armée d’Afrique, au sein de laquelle il franchit successivement tous les grades.

La prise de la smala d’Abd el-Kader

Il assume à la fin de 1842 les fonctions de commandant de la province du Titteri (chef-lieu Médéa). Le mardi 16 mai 1843, à la tête de six cents cavaliers commandés par le colonel Yusuf, et à l’issue d’une opération risquée, il s’attaque au camp mobile d’Abd el-Kader, la smala, alors installé à Taguin (dans les Hautes-Plaines, à environ 300 km au sud d’Alger). Il inflige à l’émir, absent ce jour-là, une lourde défaite, faisant des milliers de prisonniers, un immense butin, et forçant le chef algérien à se réfugier en territoire marocain. Cet épisode, illustré par le tableau d’Horace Vernet, présenté au Salon de 1845, est sans doute le plus célèbre de la conquête de l’Algérie.

Élevé au grade de général de division, le prince reçoit, en novembre de la même année, le commandement de la province de Constantine. Il s’illustre en franchissant avec ses troupes le célèbre défilé d’El Kantara, porte du désert, et en procédant à l’occupation de Biskra (février 1844), tandis qu’il s’attire des éloges pour son administration proclamée efficace et paternelle, peut-être sous l’influence de l’école de pensée saint-simonienne, notamment par l’intermédiaire de son interprète d’arabe, Thomas-Ismaÿl Urbain, futur inspirateur du « Royaume arabe » de Napoléon III. Dès cette époque, son nom est évoqué pour succéder à Bugeaud.

Le gouvernorat du duc d’Aumale

Absent d’Algérie d’octobre 1844 à mars 1846, il revient alors faire campagne dans le massif de l’Ouarsenis, puis  dans les Hautes-Plaines du sud d’Alger. En mai 1846, il fonde le poste d’Aumale (Sour El Ghozlane), qui garde ce nom jusqu’à l’indépendance. Il quitte l’Algérie en juillet 1846, après une tournée qui l’a mené dans les provinces d’Oran et de Constantine. Bugeaud ayant à peu près en même temps demandé à être déchargé de ses fonctions, il est appelé à lui succéder, le 11 septembre 1847, après une courte période d’intérim, et débarque en octobre pour son sixième séjour en Afrique, avec le titre de gouverneur (celui de vice-roi, jugé trop immodeste, ayant été écarté par le roi). C’est, pour beaucoup, l’assurance de voir les affaires civiles prendre le pas sur les campagnes militaires. De fait, l’administration, délaissée par Bugeaud, est réorganisée, tandis que la création de municipalités à Alger, Blida, Oran, Mostaganem, Bône et Philippeville, donne une première satisfaction aux aspirations des colons.

1848 : exil d’Abd el-Kader et fin de la monarchie de Juillet

Il revient enfin au duc d’Aumale de mettre fin à la guerre avec Abd el-Kader. La position de l’émir, complètement chassé d’Algérie, est en effet devenue intenable au Maroc, dont le sultan, qui a promis aux Français de l’expulser, juge sa présence dangereuse pour son propre pouvoir. Le 20 décembre 1847, après plusieurs engagements avec les contingents chérifiens, Abd el-Kader est contraint de regagner le territoire algérien. Pressé par les troupes françaises, il négocie avec le général Lamoricière une convention qui lui assure, en échange d’une renonciation complète à toute prétention sur l’Algérie, d’être transporté avec sa suite (une centaine de familiers et de serviteurs) à Alexandrie ou à Saint-Jean d’Acre. Cette convention est ratifiée par le duc d’Aumale, venu à sa rencontre (23 décembre 1847), mais elle est désapprouvée par le gouvernement, et la parole donnée ne sera tenue que par Napoléon III en 1852.  

Mais les jours du gouverneur sont comptés. Après avoir appris la nouvelle de l’abdication et de la proclamation de la République le 24 février 1848, le duc d’Aumale ne croit pas pouvoir s’appuyer sur l’armée d’Afrique pour modifier le cours des événements. Le 3 mars, il remet le pouvoir au général Changarnier, commandant en chef de l’armée, et quitte l’Algérie pour toujours, après un gouvernorat de cinq mois seulement. 

Augustin Régis (1813-1880), Reddition d’Abd-El-Kader, vers 1847, Chantilly, Musée Condé © Wikicommons

 

À lire :

Frémeaux (Jacques), La Conquête de l’Algérie. La dernière campagne d’Abd el-Kader (1845-1847), CNRS-éditions, 2016. Prix Joseph-Robert de l’Association des Écrivains combattants, 2017, rééed. 2019.

Frémeaux (Jacques), Algérie 1830-1914 ; Naissance et destin d’une colonie, Desclée de Brouwer, 2019.

Benoît (Jérémie), « Prise de la smalah d’Abd-el-Kader », Histoire par l’image [en ligne], consulté le 16 janvier 2022. URL : http://histoire-image.org/de/etudes/prise-smalah-abd-el-kader

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