Tant que mes yeux pourront larmes épandre, Louise Labé

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Lecture par Robert Werner, correspondant de l’Académie des Beaux-Arts

Une émission de Canal Académies, publiée le 16 juin 2022

Tant que mes yeux pourront larmes épandre
A l’heur passé avec toi regretter,
Et qu’aux sanglots et soupirs résister
Pourra ma voix, et un peu faire entendre ;

Tant que ma main pourra les cordes tendre
Du mignard luth, pour tes grâces chanter ;
Tant que l’esprit se voudra contenter
De ne vouloir rien fors que toi comprendre,

Je ne souhaite encore point mourir.
Mais, quand mes yeux je sentirai tarir,
Ma voix cassée, et ma main impuissante,

Et mon esprit en ce mortel séjour

Ne pouvant plus montrer signe d’amante,
Prierai la mort noircir mon plus clair jour.

Louise Labé

 

Crédits images :

Jules-Bastien Lepage, Ophélie, 1881, Musée des Beaux-Arts de Nancy © Wikimedia Commons

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