Naissance de Frédéric Passy

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Par Raphaël Cahen, chercheur et professeur invité à la Vrije Universiteit Brussel


Frédéric Passy fut le premier lauréat du prix Nobel de la Paix, en 1901, conjointement avec Henry Dunant, le fondateur de la Croix Rouge. Économiste et juriste, membre de l’Institut (Académie des sciences morales et politiques), Frédéric Passy est une personnalité encore trop méconnue. Il a œuvré toute sa vie pour la paix, surtout en militant en faveur du règlement des conflits par l’arbitrage et le progrès du droit international. Homme politique, il a pris position contre la colonisation, pour les lois sociales et l’instruction des femmes. Il est cofondateur de l’Union interparlementaire.

Frédéric Passy est né le 20 mai 1822 à Paris et il est décédé à Neuilly-sur-Seine le 12 juin 1912 à 90 ans. Issu d’une famille d’administrateurs et de juristes, docteur en droit, il débute sa carrière en tant qu’auditeur au Conseil d’État (1846). Il s’illustre au sein de la prestigieuse conférence Molé qu’il préside en 1847-1848 puis en 1850.

Après avoir démissionné du Conseil d’État, il se consacre au journalisme et aux travaux d’économie politique suivant ainsi les traces de son oncle, Hippolyte Passy (1793-1880). Bientôt, ses Mélanges économiques (1857) et ses Leçons d’économie politique (1861) lui assurent la reconnaissance de ses pairs. Membre de la Société d’économie politique (1855), il donne de nombreuses conférences à travers toute la France, avant de devenir professeur d’économie politique (1874-1902) dans diverses institutions, notamment à l’École des hautes études commerciales.  

De la Ligue internationale de la paix (1867) à la Société française pour l’arbitrage entre nations (1889)

C’est à fin du Second Empire que commence son interminable action en faveur de la paix dans le monde. Il fonde la Ligue internationale et permanente de la paix en 1867 et devient un « pacifiste patriotique » à la renommée internationale. Il s’exprime régulièrement à Londres aux conférences de la London Peace Society et fait intervenir des amis, comme Édouard de Laboulaye (1811-1883), qui inaugure la conférence de la Ligue à Paris le 10 février 1869 par une conférence sur « les maux de la guerre et les bienfaits de la paix ».

N’ayant pu empêcher la guerre franco-prussienne, malgré ses supplications envoyées au roi de Prusse, il doit rebaptiser la Ligue pour tenir compte de l’état des esprits au lendemain de la guerre : elle devient Société française des amis de la paix (1872) puis Société française pour l’arbitrage entre nations (1889). Lié à l’Association de la Paix par le Droit et aux pacifistes allemands de la fin de siècle, Passy milite inlassablement en faveur du règlement des conflits internationaux par l’arbitrage. Il pétitionne les assemblées et cherche à convaincre les gouvernants et diplomates. Il se rend avec Henry Richard (1812-1888) au congrès de Berlin en 1878 pour émettre des requêtes aux hommes d’État du Concert européen.

Frédéric Passy, « apôtre » de la paix et de la fraternité

Il invite à Paris le pacifiste anglais Randal Cremer (1828-1908) avec une délégation de députés du parlement britannique. Cette initiative entraîne la réunion de la première Conférence interparlementaire composée de 95 représentants des parlements de la Grande-Bretagne, de la France, de l’Italie, de l’Espagne, du Danemark, de la Hongrie, de la Belgique, du Libéria et des États-Unis d’Amérique. Passy préside la conférence. Rebaptisé l’Union interparlementaire en 1899, cette organisation internationale multilatérale a désormais son siège à Genève. Devenu « l’apôtre de la paix », Passy reçoit en 1901 le prix Nobel de la paix avec Henri Dunant, le fondateur de la Croix-Rouge.

Député de 1881 à 1889, Passy promeut à la Chambre ses idées sur le désarmement et l’arbitrage international. Il siège à gauche et se prononce en faveur de la législation sur le droit du travail et contre les politiques coloniales.

Féministe avant l’heure, il a fondé et présidé la Société pour la propagation de l’Instruction parmi les Femmes. Il a aussi milité avec Victor Hugo en faveur de l’abolition de la peine de mort.

Membre actif dans les années 1860 de l’Association internationale pour le progrès des sciences sociale, de la Société Franklin pour les bibliothèques populaires et de la société du travail, il co-fonde l’Association pour la Réforme et la Codification du droit des gens (1873).

Le 3 février 1877, il est élu à l’Académie des sciences morales et politiques, au fauteuil 6 dans la section d’Économie politique, où il succède à son cousin par alliance Louis Wolowski (1840-1876).

Dans ses mémoires Pour la paix, publiés en 1909, il rappelle la fondation de la Ligue internationale et permanente de la paix, de l’Union interparlementaire, les conférences de Haye (1899 et 1905) et la création de la Cour permanente d’arbitrage en 1899.

En Octobre 1930, L’Association de la Paix par le droit et la Dotation Carnegie ont fait don de sa bibliothèque à la Bibliothèque La contemporaine (Nanterre). Malgré l’immensité de son œuvre et de ses réalisations, aucune biographie de grande ampleur ne lui a été consacrée.  

 

À lire :

Œuvres de Frédéric Passy :

Mélanges économiques, 1857.

Leçons d’économie politique, 1861.

Historique du mouvement de la Paix, 1904.

Pour la Paix : notes et documents, 1909.

Ouvrages historiques :

Michael Clinton, « Frédéric Passy : Patriotic Pacifist », Journal of Historical Biography, 2, 2007, p. 33-62

Carol Bergami, « Quelle démocratie pour quelle organisation internationale ? Le pacifisme français et la naissance d’un constitutionnalisme républicain, 1840-1889 », Les cahiers Irice, vol. 12, no. 2, 2014, pp. 17-30.

Nadine-Josette Chaline, Empêcher la guerre : le pacifisme du début du XIXe siècle à la veille de la Seconde guerre mondiale, Amiens, Encrage, 2015.

 

Crédits photos :

Illustration de la page d’accueil :  Victor Prouvé, Séjour de paix et de joie : méditation, huile sur toile, vers 1900, musée des beaux arts de la ville de Paris, Petit Palais © WikiCommons

Illustration du chapô : Portrait de Frédéric Passy © WikiCommons

Illustration de la notice générale : Le président du Sénat français, Paul Doumer, à l’ouverture de la XXIVe conférence interparlementaire (25 août 1927) © WikiCommons

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