Mort du prince Albert Iᵉʳ de Monaco

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Par Xavier Darcos, membre de l’Académie française et de l’Académie des sciences morales et politiques, Chancelier de l’Institut


Albert Ier Honoré Charles Grimaldi, prince de Monaco, naît le 13 novembre 1848 à Paris. Vingt-huit campagnes océanographiques auxquelles il participe comme mécène, comme marin et comme savant, le mènent sur tous les océans en quête des origines de la vie. Son attachement à la France s’exprime par son engagement dans l’affaire Dreyfus, ses actions en faveur de la paix, ou encore par la Fondation de l’Institut océanographique de Paris devenu, sous le nom de Maison des Océans, un acteur majeur pour la préservation du milieu marin. Le centenaire de la mort d’Albert Ier est l’occasion de mettre en lumière l’héritage d’un prince aventurier et francophile, militant de la paix et pionnier de l’océanographie.

Il est émouvant d’imaginer la scène. Le 23 janvier 1911, devant le Président de la République française, alors Armand Fallières, en présence des plus hautes autorités de l’État et du monde savant, Albert Ier de Monaco inaugure à Paris, sur la Montagne-Sainte-Geneviève, l’Institut océanographique dont il a eu l’initiative. Le prince prend la parole : « […] je me vois moi-même parmi vous, portant ce costume de l’Institut de France qui imprime au travailleur une marque de la noblesse moderne […]. » En effet, le prince Albert était membre de l’Institut, au titre de l’Académie des sciences, dont il avait d’abord été correspondant puis membre associé. Revêtu, donc, de cet « habit vert » que portent les membres des cinq académies de l’Institut, Albert de Monaco explique, en un discours magnifique qui mérite d’être lu et relu encore aujourd’hui, le sens de toute son action pour « connaître la Mer et livrer son domaine à la Science ».

Toute l’action scientifique et culturelle du Prince fut non seulement conforme à l’esprit de l’Institut de France, et au plus haut point, mais elle est surtout une brillante illustration de sa vocation même. Tant d’efforts consacrés à l’exploration d’un domaine si mal connu réalisent, selon son expression, « une conquête qui fait briller dans les profondeurs mystérieuses une clarté nouvelle ». De surcroît, la « conquête » du savoir sur l’inconnu n’est pas le travail d’un seul homme : elle est pensée et mise en œuvre comme un projet collectif, en relations avec les autres savants. Enfin, la découverte scientifique de la Mer s’accompagne d’une volonté toujours affirmée de faire connaître au plus grand nombre les progrès de la recherche. Évoquant cette indispensable « diffusion des connaissances scientifiques », le prince la définit comme « la diffusion des vérités que tout citoyen a le droit de connaître afin d’acquérir la sérénité qui domine les passions ». On ne saurait mieux dire. Engagement pour le progrès de la science ; action collective des savants ; partage du savoir en faveur de tous : le prince Albert Ier de Monaco ne s’est pas contenté de porter l’habit vert, il a incarné, dans son domaine de prédilection, toute la « noblesse moderne » qu’il attribuait à la qualité d’académicien.

Lors des funérailles du prince, le 8 juillet 1922 à Monaco, le représentant de l’Académie des sciences, Louis Joubin, souligna dans son hommage que son confrère défunt avait été assidu aux séances académiques aussi longtemps que la maladie le lui avait permis. Il rappela surtout l’œuvre scientifique du Prince, « si variée dans sa belle unité, si grande dans sa simplicité », vouée à la Mer « vers laquelle l’entraînaient ses goûts d’indépendance, de rêverie poétique devant l’immensité ».

Les marins ont l’habitude de scruter l’horizon. Le Prince voyait loin et, sans se contenter de soutenir la culture ou les arts, ce qui est déjà si remarquable, il a consacré toute son énergie, bien avant tout le monde, aux enjeux « d’environnement », selon nos mots d’aujourd’hui. Savant et engagé, créatif et persévérant, le prince Albert de Monaco était un visionnaire. Et de toutes les qualités de cet homme hors du commun, celle-ci nous touche particulièrement aujourd’hui, car c’est par elle qu’il faisait le plus honneur à l’« habit vert » des membres de l’Institut.

 

Texte paru dans :

Stéphane Lamotte, Les mondes d’un prince. Albert Ier de Monaco et son temps, Paris, Éditions de La Martinière, 2022, p. 144.

 

Crédits photos : 

Illustration de la page d’accueil : Albert Ier de Monaco agrippé aux haubans du navire. Détail de la fresque du grand Amphithéâtre « le Pont de la Princesse Alice » par L.Tinayre et Alexandre Jean-Baptiste Brun. © WikiCommons

Illustration du chapô : Portrait en couleur du prince Albert par Ignace Spiridon © WikiCommons

Illustration de la notice générale : Résultats des campagnes scientifiques accomplies sur son yacht par Albert Ier, prince souverain de Monaco (1920) © WikiCommons

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