Mort du duc de Richelieu

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Par Yves Bruley, maître de conférences H.D.R. à l’École Pratique des Hautes Etudes


Armand-Emmanuel de Vignerot du Plessis de Richelieu, lointain arrière-petit-neveu du cardinal, est entré dans l’histoire à double titre. Émigré en Russie sous la Révolution et l’Empire, il fut gouverneur d’Odessa et donna un grand essor à cette ville. Rentré en France avec la Restauration de 1815, il succéda à Talleyrand comme ministre des Affaires étrangères et dirigea le gouvernement à deux reprises sous le règne de Louis XVIII. Sa diplomatie permit à la France de faire son retour parmi les grandes puissances.

Le 17 mai 1822 mourait à Paris le duc de Richelieu, ancien président du conseil des ministres, deux siècles après que son lointain grand-oncle eut reçu son chapeau de cardinal. Armand-Emmanuel de Richelieu eut l’un de ces destins singuliers dont l’époque de la Révolution ne fut pas avare.

25 ans au service du tsar de Russie

Né le 24 septembre 1766, le jeune Richelieu quitte la France révolutionnaire en septembre 1790 et va offrir ses services à la Russie, d’abord comme officier. En 1803, il est nommé par le tsar Alexandre Ier gouverneur d’Odessa. Servie par son administration et ses talents d’urbaniste éclairé, Odessa devient une ville moderne. À la chute de Napoléon, Richelieu regagne Paris, dans une France qu’il n’avait plus connue depuis 25 ans. Il est appelé à la tête du gouvernement par le roi Louis XVIII (24 septembre 1815). C’est lui qui remplace Talleyrand après l’élection de la fameuse « Chambre introuvable » composée de députés « plus royalistes que le Roi ». C’est aussi le moment de la rédaction de la fameuse « Sainte Alliance » par le tsar de Russie, alors au sommet de sa puissance (26 septembre).

Le Congrès d’Aix-la-Chapelle (1818)

Après les Cent Jours et la défaite de Waterloo, la France affaiblie se voit imposer par les vainqueurs de Napoléon des conditions de paix beaucoup plus sévères que celles de 1814 : le traité de Paris (20 novembre 1815) lui soustrait plusieurs territoires sur la frontière Nord ainsi que ce qu’elle avait pu garder de la Savoie, lui impose de lourdes indemnités de guerre mais aussi plusieurs années d’occupation étrangère aux frais de la France, et même le contrôle de l’activité du gouvernement par la conférence des ambassadeurs des grandes puissances à Paris.

Le duc de Richelieu, qui reste président du conseil et ministre des Affaires étrangères jusqu’en décembre 1818, parvient à desserrer cet étau en rassurant l’Europe sur la stabilité de la Restauration. Il obtient finalement qu’un congrès des grandes puissances révise les conditions imposées à la France. Comme l’a écrit l’historien Henry Contamine, « dans le domaine de la politique extérieure, la grande réussite du cabinet Richelieu, célébrée à l’époque, fut le règlement financier des charges imposées par le 2e traité de Paris et la libération du territoire, que le congrès d’Aix-la-Chapelle d’octobre-novembre 1818 accorda avec deux ans d’avance. Plus que jamais on allait parler d’alliance à cinq ».

À cinq, car la France avait retrouvé, grâce au congrès d’Aix-la-Chapelle, le rang de grande puissance aux côtés des quatre autres – Russie, Angleterre, Autriche, Prusse. Désormais, les conditions étaient réunies pour un véritable « concert européen », cette forme de diplomatie multilatérale par laquelle les grandes puissances examinent collectivement les questions d’intérêt général en Europe.

Le duc de Richelieu et l’Institut de France

Richelieu dut quitter le pouvoir en décembre 1818, du fait de conflits politiques internes. Mais il fut appelé de nouveau à présider le Conseil des ministres dans le contexte de la crise politique provoquée par l’assassinat du duc de Berry. Il dirigea un gouvernement de tendance ultraroyaliste du 20 février 1820 au 14 décembre 1821.

Le duc de Richelieu était aussi devenu membre de l’Académie française, dans un contexte troublé. Le roi Louis XVIII avait décidé d’exclure de l’Académie le dramaturge Arnault, que Napoléon avait fait ministre de l’Instruction publique pendant les Cents Jours, et nomma Richelieu à sa place, sans élection. C’est ainsi que le lointain neveu du fondateur de l’Académie fut appelé à présider, le 24 avril 1816, la première séance publique de l’Institut de France après la réforme de Louis XVIII. Le roi avait souhaité conserver l’unité de l’Institut tout en rétablissant le nom d’ « académies » à la place des quatre « classes » qui composaient alors l’Institut. Dans son discours, Richelieu résumait ainsi l’esprit qui devait régner Quai Conti :

« En continuant à réunir sous un nom général les diverses classes qui s’occupent des connaissances humaines, le roi a imité l’auteur de tous les biens, qui, malgré les différences établies entre les arts, les sciences et les lettres, leur a donné un lien commun de fraternité. S. M., en rappelant pour chacune des classes le nom d’académies, et en maintenant le nom d’Institut, a voulu aussi rendre à ce corps illustre une ancienne splendeur, et lui conserver en même temps l’éclat que, sous un nom nouveau, il a jeté dans toute l’Europe. »

 

À lire :

Henry Contamine, Diplomatie et diplomates sous la Restauration, Paris, Hachette, 1970

Emmanuel de Waresquiel, Le duc de Richelieu, Paris, Perrin, 2009.

Jacques-Alain de Sédouy, Le Concert européen. Aux origines de l’Europe, Paris, Fayard, 2009.

 

Crédits photos :

Illustration de la page d’accueil : Thomas Lawrence, Armand-Emmanuel du Plessis, duc de Richelieu, huile sur toile, Royal Collection, 1818 © WikiCommons

Illustration du chapô : Tombeau du duc de Richelieu dans la chapelle de la Sorbonne, sculpté par Jules Ramey © Yves Bruley

Illustration de la notice générale : Estampe populaire du Congrès d’Aix-la-Chapelle (1818) ©Gallica

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