Mort de Louis XVIII

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Par Rémy Hême de Lacotte, maître de conférences en histoire contemporaine à Sorbonne Université


Né en 1755 à Versailles de l’union du fils de Louis XV et de la princesse Marie-Josèphe de Saxe, le comte de Provence (titre sous lequel il fut d’abord connu) était voué en apparence à demeurer à la marge du trône. Les événements révolutionnaires lui ont paradoxalement frayé le chemin vers le pouvoir, tout en le conduisant à jeter en France les bases du régime parlementaire.

Un destin politique mûri par l’exil

Bien que successeur immédiat de Louis XVI de l’avènement de celui-ci en 1774 à la naissance de son premier fils en 1781, « Monsieur » (appellation traditionnelle du frère cadet du monarque français) est tenu à l’écart des affaires de l’État et consacre son temps à la lecture et à ses collections artistiques. Après avoir intrigué au début de la Révolution dans le vain espoir de jouer un rôle, il parvient à quitter la France le 20 juin 1791, à la différence de la famille royale arrêtée dans le même temps à Varennes. C’est le début de plus de vingt années d’errance à travers l’Europe.

Autoproclamé régent après l’exécution de Louis XVI le 21 janvier 1793, le comte de Provence accède de droit, à la mort du petit Louis XVII en juin 1795, à la fonction royale. Il fait évoluer son discours : à la promesse de rétablir « l’antique constitution du royaume » succède celle de préserver l’héritage juridique et administratif de la Révolution et de l’Empire. Dans une Europe déchirée par la guerre, il se présente en outre comme un gage de paix. Aussi la défaite de Napoléon face aux puissances alliées en 1814 sonne-t-elle l’heure de la Restauration.

Le roi de la Charte

Appelé sur le trône par les anciennes élites impériales, Louis XVIII repousse la constitution qu’elles entendaient lui imposer et octroie le 4 juin 1814 la Charte constitutionnelle, qui concilie l’affirmation du pouvoir monarchique et la représentation de la nation sous la forme d’une Chambre des députés élue par les contribuables les plus fortunés. Aucune poursuite n’est engagée, en parallèle, contre les anciens révolutionnaires et l’épuration des cadres de l’État est des plus limitées.

Cette œuvre de réconciliation se heurte au retour de Napoléon en mars 1815. Louis XVIII fuit sans gloire vers l’actuelle Belgique, mais conserve des soutiens : pour nombre de libéraux, mieux vaut le roi de la Charte qu’un empereur belliqueux et autoritaire.

Au milieu des courants politiques contraires

À son retour en France après les « Cent Jours », Louis XVIII doit infléchir sa manière de gouverner. Ses ministres forment désormais un cabinet solidaire dirigé par un président du Conseil. Il est aussi contraint de compter avec la majorité ultraroyaliste de la nouvelle Chambre des députés, qui obtient le châtiment des ralliés à Napoléon et revient sur l’impunité des responsables de la mort de Louis XVI. La dissolution de la Chambre le 5 septembre 1816, véritable coup d’autorité royal, fait place à une assemblée plus en phase avec les tendances modérées du roi et de ses ministres. Le duc de Richelieu, président du Conseil, obtient en 1818 l’évacuation du territoire national par les troupes d’occupation alliées. Mais c’est surtout Élie Decazes, ministre de la Police, puis de l’Intérieur et président du Conseil en 1819, qui s’impose comme le porte-parole de la pensée royale, avec sa formule : « royaliser la nation, nationaliser le royalisme ». Des lois importantes sont votées dans ce sens, sur les élections, le recrutement de l’armée ou la presse.

Le choc provoqué en 1820 par l’assassinat du duc de Berry, neveu de Louis XVIII, conduit toutefois, après une transition assurée par le duc de Richelieu, à l’arrivée au pouvoir d’un ministère de droite royaliste à la fin de 1821. Elle prépare le règne du comte d’Artois, frère cadet du monarque et véritable chef de file de cette tendance politique. Affaibli par la maladie, quoique toujours jaloux de ses prérogatives, le roi laisse faire et s’éteint le 16 septembre 1824.

Un modernisateur paradoxal

Jamais sacré, à la différence de son prédécesseur Napoléon et de son successeur Charles X, Louis XVIII est le dernier monarque français mort en exercice et le seul dans ce cas au XIXe siècle, ce qui dénote un rare sens politique dans une ère d’instabilité. Handicapé par une obésité précoce, il a cultivé une image de roi paternel et sensible, soucieux d’épargner la vie de ses sujets après la saignée révolutionnaire et impériale. Rappelé sur le trône à la suite de deux lourdes défaites militaires, il en a atténué les conséquences et replacé la France dans le concert des puissances européennes. Homme d’Ancien Régime, pénétré de la dignité de sa fonction et attaché aux formes du pouvoir, il a couvert de son autorité l’acclimatation en France des pratiques parlementaires et de l’alternance politique par le jeu des élections. Il a échoué, en revanche, à rasseoir durablement sur le trône sa dynastie, balayée par la révolution de Juillet 1830. C’est pourquoi, selon Chateaubriand, « Louis XVIII était la légitimité incarnée ; elle a cessé d’être visible quand il a disparu. »

À lire :

Hélène BECQUET, Bettina FREDERKING (dir.), La dignité de roi. Regards sur la royauté au premier XIX siècle, Rennes, Presses universitaires de Rennes, 2009.

Philip MANSEL, Louis XVIII, Paris, Perrin, 2013 (réédition).

Emmanuel de WARESQUIEL, Penser la Restauration 1814-1830, Paris, Tallandier, « Texto », 2020.

Crédits images :

Bannière de la page d’accueil : François Gérard, Le roi Louis XVIII dans son cabinet de travail des Tuileries, 1823 © Wikimedia Commons

Illustration du chapô : Robert Lefèvre, Portrait of8 Louis XVIII in coronation robes, 1822 © Wikimedia Commons 

Bannière de l’article : Estampe “Derniers Moments de sa Majesté Louis XVIII”, Recueil. Collection de Vinck. Un siècle d’histoire de France par l’estampe, 1770-1870. Vol. 85 © Gallica/BnF

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