Mort d’Alphonse Laveran

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Par Philippe Sansonetti, membre de l’Académie des sciences, membre de l’Académie nationale de médecine


Essentiellement transmis par le moustique, le paludisme, ou malaria, est une maladie qui sévit depuis l’Antiquité. Les travaux d’Alphonse Laveran permettent enfin d’identifier son agent pathogène en examinant le sang des malades. Cet ancien médecin militaire, devenu chercheur bénévole à l’Institut Pasteur, fait d’abord face au scepticisme de la communauté scientifique avant de recevoir le Prix Nobel. Le centenaire de sa mort permet de réveiller la mémoire d’un médecin-chercheur exemplaire, pionnier de la médecine tropicale et de la parasitologie médicale.  

En 1881 paraissait chez Baillière et Fils (Paris) un ouvrage dont le contenu vaudrait à son auteur d’être 26 ans plus tard le premier Prix Nobel de Physiologie ou Médecine français. Le titre : Nature parasitaire des accidents de l’impaludisme. Le sous-titre : Description d’un nouveau parasite trouvé dans le sang des malades atteints de fièvre palustre. L’auteur : Alphonse Laveran, Médecin de 1ère classe, Professeur agrégé de l’École de Médecine du Val-de-Grâce.

Le paludisme au XIXe siècle : une maladie prévalente et souvent mortelle

Au milieu du XIXe siècle, le paludisme : fièvre tierce, quarte, intermittente, pernicieuse restait prévalente et souvent mortelle en France, sur le continent (Marais Poitevin, Golfe du Morbihan, Camargue) et en Corse, mais aussi en Italie dans les Marais Pontins. La conquête coloniale de l’Algérie entreprise en 1830 fut plus ralentie par les maladies infectieuses, particulièrement le paludisme, que par les combats. Entre 1830 et 1841, sur les 50 000 pertes civiles et militaires dues aux opérations de conquête, seules 3000 furent dues aux combats, le reste, essentiellement au paludisme, ce qui faisait dire à Lyautey : « Le principal obstacle qu’ont dû vaincre soldats et colons, c’est la maladie, le paludisme ». Dès 1834, l’utilisation de la quinine fut imposée aux armées. Comment dès lors s’étonner que dans l’avant-propos de son ouvrage, Alphonse Laveran ait écrit : « Au mois d’août 1878, je quittais Paris pour me rendre dans la province de Constantine. Je devais naturellement songer à utiliser mon séjour dans cette province pour étudier les fièvres palustres qui, par leur fréquence et leur gravité, s’imposent du reste à tout médecin arrivant en Algérie. Cette étude, poursuivie pendant deux ans à Bône, à Biskra et à Constantine, me démontra que la seule lésion caractéristique de l’impaludisme consistait dans la présence d’éléments pigmentés dans le sang. »

L’étude du sang palustre comme base de recherche

Le génie de la découverte d’Alphonse Laveran est d’avoir été médecin dans son approche du paludisme, avant d’être microbiologiste. D’avoir été Rudolph Virchow ou Claude Bernard, avant d’être Louis Pasteur ou Robert Koch. Il le dit très bien lors de son discours de remise du Prix Nobel à Stockholm en novembre 1907 : « Avant moi, de nombreux observateurs avaient cherché sans succès à découvrir l’agent du paludisme. J’aurais également échoué si je m’étais contenté d’examiner l’air, l’eau ou le sol comme on l’avait fait jusqu’alors. En réalité, j’ai pris comme base de mes recherches l’anatomie pathologique et l’étude du sang palustre in vivo ». Remarquable cytologiste, il observa sur des préparations de sang frais de patients en phase fébrile ces fameux corps pléiomorphes et pigmentés modifiant l’aspects des hématies. À la périphérie de ces dernières, il compléta ses observations en décrivant l’existence de filaments grêles, animés et transparents au sujet desquels il écrivait que « la nature parasitaire ne laissait pas place au doute ». Il montra aussi que ces parasites disparaissaient chez les patients traités par le sulfate de quinine. Mais beaucoup doutaient encore, même d’éminents pasteuriens comme Émile Duclaux qui n’admettaient pas que l’on puisse échapper au dogme pasteurien vite établi de la nécessité de cultiver un microorganisme pour en prouver la responsabilité, même si Alphonse Laveran avait dupliqué son observation en Italie.

Laveran, pionnier de la parasitologie médicale et de la médecine tropicale

De retour d’Algérie, montant dans la hiérarchie militaire et se sentant aspiré vers des tâches administratives hospitalières qui l’éloignent de la recherche biomédicale, sa raison d’être, il fait valoir en 1894 ses droits à la retraite. À 50 ans, il est accueilli comme « stagiaire bénévole » à l’Institut Pasteur à Paris par Émile Roux. Vite nommé chef de service honoraire, il porte son attention à la maladie du sommeil et publie plusieurs travaux fondateurs sur le trypanosome avec Félix Mesnil. Avec ce dernier, dans la plus pure tradition de ses travaux sur la paludisme, il identifie une nouvelle variété de parasites responsable du Kala Azar en Indes. Après Plasmodium et Trypanosomes, les Leishmanies….

Il investit la moitié du montant de son Prix Nobel dans le financement du Laboratoire de Parasitologie de l’Institut Pasteur, une discipline dont il peut à juste titre être considéré comme un des pères fondateurs. Fondateur, il l’est aussi de la Société de Pathologie Exotique en 1908. Il fut membre de l’Académie de Nationale de Médecine, puis en 1901, élu membre de l’Académie des sciences. Il meurt à Paris en 1922.

 

Crédits photos :

Illustration de la page d’accueil : Portrait d’Alphonse Laveran par Eugène Pirou © WikiCommons

Illustration du chapô : Illustration dessinée par Laveran des différents stades des parasites du paludisme © WikiCommons

Illustration de la notice générale : Caricature d’Alphonse Laveran chassant les moustiques vecteurs de paludisme. Dessin de Moloch dans le journal Chanteclair N°34 février 1909. Photothèque Institut Pasteur. © Institut Pasteur/Archives Alphonse Laveran

 

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