À l’origine de la devise olympique : le père Didon, dominicain

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Article d'Yvon Tranvouez, professeur émérite d'histoire contemporaine à la faculté des lettres et sciences humaines de l'université de Brest


Née de la rencontre entre Pierre de Coubertin et le père dominicain Henri Didon, la devise olympique convient aussi bien au chrétien qu’au sportif et s’impose sans difficultés lors du premier congrès du Comité International Olympique. 

Pierre de Coubertin (1863-1937) venait tout juste d’avoir 28 ans lorsque, à sa demande, il rencontra pour la première fois, le 2 janvier 1891 à Paris, le père Henri Didon (1840-1900). Coubertin était alors un actif dirigeant de l’Union des Sociétés Françaises de Sports Athlétiques qu’il avait contribué à créer en 1887 et dont il escomptait qu’elle étendrait la place des disciplines athlétiques, c’est-à-dire autres que la seule gymnastique, dans les établissements scolaires, comme cela se faisait dans d’autres pays, notamment en Angleterre. L’un des moyens de favoriser une telle évolution serait, à ses yeux, l’organisation de compétitions sportives auxquelles prendraient part communément des équipes de lycées publics et de collèges catholiques. Il s’en était ouvert en vain à plusieurs supérieurs de ces derniers.

<i>Citius, altius, fortius</i> : une définition de l’athlétisme

Le père Didon, 50 ans, dominicain, était libéral et républicain. Depuis 1890, il était prieur du couvent d’Arcueil et par là-même à la tête de l’École Albert-le-Grand. Séduit par le projet de son interlocuteur, il y donna immédiatement suite. Le 13 janvier 1891, une cinquantaine d’élèves de l’établissement participèrent à un rallye – sorte de mixte entre course d’orientation et cross-country – organisé avec le concours de Coubertin. Constituée rapidement, l’Association Athlétique Albert-le-Grand organisa le 7 mars ses premiers championnats. C’est à cette occasion que le père Didon lui assigna les couleurs dominicaines (noir et blanc) et une devise en trois mots : citius, altius, fortius (plus vite, plus haut, plus fort).  Le 11 avril 1891, lors d’une conférence, Pierre de Coubertin expliqua qu’il n’était pas facile de donner une définition de l’athlétisme. « Plutôt que d’en inventer une, ajouta-t-il, laissez-moi vous redire celle que j’ai recueillie tout récemment de la bouche d’un homme illustre […]. En remettant à ses élèves groupés en Association athlétique un fanion à leurs couleurs, le père Didon leur donnait pour devise ces trois mots : citius, altius, fortius, et il les paraphrasait en ces termes : courez plus vite, sautez plus haut, frappez plus fort. Plus vite, plus haut, plus fort, Messieurs, voilà toute la philosophie athlétique ; vous la trouverez peut-être absurde : je vous défie de dire qu’elle n’est pas noble ». Lors d’une fête organisée en mai 1893 à l’École Albert-le-Grand en l’honneur du prieur, on chanta le chœur citius, altius, fortius (paroles de l’abbé Varenne, musique de M. Lentz).

Compétition sportive et morale chrétienne

Coubertin adopta les termes de cette devise au moment du premier congrès du Comité International Olympique réuni à la Sorbonne en juin 1894. Ils figurent en effet, mais dans un ordre différent (citius, fortius, altius), sur la manchette du premier bulletin du Comité, sans que l’on s’explique – distraction ou intention – cette modification. Le dominicain ne s’en offusqua pas : il assista, avec un groupe de grands élèves de son collège, aux premiers Jeux Olympiques modernes à Athènes, en avril 1896, et l’année suivante, en juillet, il fut l’un des orateurs invités au deuxième congrès du CIO, au Havre. À partir de 1915, la devise retrouva l’ordre imaginé par le père Didon, sans que l’on sache là aussi pourquoi. En réalité, ce n’était pas « vite », « haut » et « fort » ni leur ordre qui importaient au dominicain, mais le « plus » qui les précède tous trois. Les milieux catholiques n’étaient pas étrangers au sport, loin de là. Il se pratiquait notamment dans les patronages, où on le concevait d’abord comme un jeu et un exercice. Pour le père Didon, au contraire, l’essentiel était la compétition : « On peut toujours être le premier quelque part, par conséquent on le doit. […] Vouloir renverser son adversaire coûte que coûte n’est certes pas chrétien ; mais vouloir atteindre au plus haut par le déploiement de toutes les facultés, voilà la pure morale évangélique », expliquait-il en 1896, en faisant allusion à la parabole des talents.

À lire :

Yvon Tranvouez, Le père Didon (1840-1900). La vocation d’être moderne, Paris, Éditions du Cerf (à paraître)

Crédits photos : 

Illustration de l’article : Père Didon, Atelier Nadar © Gallica / BNF 

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