Ratification de la Confession de foi de La Rochelle

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Hubert BOST, directeur d’études à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes – PS


 

Le 12 avril 1571 à La Rochelle, au cours du 7e synode national des Eglises réformées de France, 32 personnalités protestantes, dont la reine de Navarre et le futur Henri IV, ratifient un document exposant la teneur de la foi réformée. Cet événement intervient dans le contexte des guerres de religion qui, depuis 1562, opposent catholiques et protestants au cours de violents affrontements entrecoupés de périodes de paix. Les quarante articles de foi de la Confession de foi, qui reprennent un texte rédigé en 1559 au cours d’un premier synode et s’inspirent largement de la théologie de Jean Calvin, entendent prouver que les huguenots sont bien des chrétiens, et asseoir les fondements communs des Églises réformées de France. 

La Confession de foi de La Rochelle est solennellement adoptée le 2 avril 1571, au terme de la première session du 7e synode des Églises réformées dans le Royaume de France. Le 12 avril suivant, 32 témoins qualifiés l’attestent sur un parchemin encore conservé à Genève. La Paix de Saint–Germain, en août 1570, venait de désigner La Rochelle, déjà un refuge, comme l’une des quatre “places de sûreté” accordées aux réformés. Les interdictions antérieures étant alors abolies, siègent de plein droit des pasteurs et anciens députés par des synodes provinciaux ; Jeanne d’Albret, reine de Navarre et Dame souveraine de Béarn ; son fils Henri de Navarre (futur Henri IV), gouverneur de Guyenne, et d’autres “capitaines” : Henry de Bourbon, l’amiral Gaspard de Coligny, Louis de Nassau, frère de Guillaume d’Orange. De plus, la reine a obtenu du Conseil et de la Compagnie des pasteurs de Genève que Théodore de Bèze vienne modérer les débats de l’assemblée. Ainsi composé, le synode reste à distance du roi et ouvert sur l’espace réformé européen.

Le texte de la Confession de 1571 est celui qu’avaient rédigé des pasteurs présents à Paris fin mai 1559 : A. de La Roche-Chandieu, N. Des Gallars, A. Banc, présents aux deux synodes, le savaient. À partir d’un canevas en 35 articles suggéré par des Genevois, ils s’étaient accordés sur un texte en 40 articles, officialisé en 1571, ce qui enlève toute hésitation des imprimeurs et des fidèles entre ces deux formes de la Confession.

En 1559, il fallait convaincre le roi et la cour que les huguenots étaient bien des “chrétiens” et se démarquer d’interlocuteurs catholiques. D’où les premiers articles sur Dieu et la connaissance que l’on peut en avoir (art. 1-2), le canon des livres bibliques (art. 3-5), et la trinité (art. 6 à 8). En 1571, le synode veille au relèvement des Églises dévastées par les guerres autant qu’à leur possible contamination par les antitrinitaires de Pologne, de Transylvanie et de Heidelberg. L’art. 6 est alors essentiel : il fait référence en effet aux “conciles anciens” et à quatre “saints docteurs”, pourfendeurs des “sectes et hérésies” : voilà le protestantisme réformé ancré dans le christianisme ancien et les déviances contemporaines condamnables car déjà condamnées. Les art. 9-24 – la condition humaine dans une perspective théologique et l’œuvre de Jésus Christ – sont dans le droit fil de la théologie calvinienne. Dans le contexte des contestations “démocratiques” de J. Morély et P. Ramus, les art. 25 et suivants sur l’“ordre de l’Église” prennent un relief très fort. La réitération (art. 34 et suivants) des énoncés “réformés” sur les sacrements – de la cène notamment – a ébranlé la confiance entre Genève et Zurich, les deux pôles de l’espace réformé. En effet, l’art. 36 inclut en effet le terme de substance rejeté par H. Bullinger, successeur de H. Zwingli, dans son opposition aux théologiens catholiques et luthériens. Le mot ne sera pas retiré, mais longuement expliqué. Enfin, la réception des art. 39 et 40 sera parfois problématique au temps de la Ligue et des régicides, comme plus tard, quand les réformés souffriront d’un pouvoir devenu absolu autant qu’hostile. Ainsi, réplication du texte de 1559, la Confession de 1571 en est davantage que la réitération.

La conformité de la Confession aux indications de l’Écriture est signifiée par les très nombreuses références bibliques imprimées à son contact. La Confession est de ce fait non modifiable. Une exception : la substitution, demandée en 1571, de union à unité dans l’art. 36 ; un échec : il parut vite impossible de maintenir un article additionnel (art. 31) sur l’Antéchrist suggéré en 1603.

La Confession de 1571 sera tôt reçue en Béarn et aux Pays-Bas, puis insérée dans l’Harmonie des Confessions réformées en 1581. Elle est nationale et européenne.

Plus remarquable encore est la longévité de son usage liturgique et disciplinaire. Elle est imprimée dans des Psautiers, des Nouveaux Testaments et des livres de piété ; la signer ou l’approuver, c’est se reconnaître membre d’une Église réformée. Dès le XVIIe siècle, l’appropriation des énoncés doctrinaux qui y sont inclus devient peu à peu moins commune. Au XXe siècle, d’autres Déclarations de foi lui seront substituées, sauf dans des milieux calvinistes conservateurs. Tenue pour obsolète, la Confession de foi de La Rochelle devient alors une référence historique, attestation non religieuse de la résilience d’une identité protestante originale.

 

 

 À lire :

Nicolas Le Roux, Les Guerres de religions, collection Que sais-je ?, PUF, 2016, 121 p. 

Jean Baubérot et Marianne Carbonnier-Burkard, Histoire des protestants. Une minorité en France (XVIe-XXIe siècle), éditions Ellipses, 2016, 576 p. 

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